Texte – Extrait – Ce grand besoin de respirer – FABRICE – Mai 2016 –

FABRICE

Je n’ai pas regardé ma montre. A mon poignet, rien. C’était le matin. Mes yeux se sont détournés. A l’horloge du four, 7H43. A 7h43. En robe de chambre. Assis. Le bol de café noir, un sucre dedans, les tartines à côté, du beurre dessus, tout était prêt. Prêt à être bu. Prêt à être mangé.

7h43.

C’était dit.

Comment réagir ? Que dire ? Que faire ? Et l’attente de l’autre _

Aujourd’hui, on me demande toujours : « Comment va-t-elle ? » « Elle tient le coup ? » « Et les enfants ? » « Oh ça ne doit pas être facile pour eux. » Sûr que ça ne l’est pas. Pour personne. Personne ne demande jamais _ rarement _ ce que c’est, comment c’est, pour celui qui accompagne, celui qui est à côté, qui partage tout et qui subit aussi. Personne, rarement personne, ne s’interroge sur les dommages collatéraux, sur moi.

Je ne sais pas pourquoi le réveil n’a pas sonné ce matin-là. D’ordinaire je me lève en premier, prépare le petit déjeuner pour tout le monde, réveille les enfants, les prépare eux aussi, m’en occupe jusqu’au moment de l’école. Disons qu’elle n’est pas du matin et moi, ça ne me dérange pas d’être le premier sur pied. J’aime bien _ Le calme d’une maison où tout le monde dort, où seuls mes pas et le mouvement de mes mains sont à l’initiative des premiers bruits, où chaque mouvement fend la quiétude de la nuit passée et ouvre à une nouvelle et simple journée.

Une nouvelle et simple journée.