Texte – Extrait – Ce grand besoin de respirer – Claire – Mai 2016 –

CLAIRE

Aujourd’hui _

Je voudrais retourner en arrière.

Retourner en arrière et dire je suis heureuse au un moment où je l’étais. Et où je l’ignorais. J’ignorais. Je ne me rendais pas compte. Sans doute croyais-je que c’était normal. J’avais tout ce que j’avais toujours voulu.

J’étais tellement certaine de tout. Plantée dans une idée de bonheur, de ce qu’il fallait vivre, de ce qu’il fallait avoir _ Désir atteint _ Comme lorsque l’on coche les tâches à effectuer sur une liste _ J’avais tout coché et c’était bien. J’étais satisfaite.

Une autre page, plus grande et surprenante s’est postée face à moi. Je n’avais rien demandé. Pourquoi aurais-je demandé quelque chose ? Je ne voulais rien changer. C’est une page blanche. Vide. Vide de tout avec, au devant d’elle, le mot, maladie.

La maladie oui bien sûr je connais. Comme tout le monde. Plus ou moins. Surtout très loin.

Je n’y connais rien à la maladie. Il s’agit de quelque chose d’absurde, d’incompréhensible. Et qui n’est pas palpable. Alors voilà. Un jour on te dit : « Tu es malade. » D’accord. On peut te dire, c’est ici, c’est exactement ici que ça se passe. D’accord. On peut te dire plein de chose sur elle. Tellement que cela lui donne une identité. Où elle est née, comment elle va se développer, si elle va vouloir voyager ou non dans ton corps. Ton corps. Mon corps. Il s’agit de mon corps et de ma vie et de cette chose étrangère je n’en veux pas. Cette chose je voudrais qu’elle disparaisse. Immédiatement. Ou alors qu’elle se montre, véritablement, face à moi et que je discute avec elle. Et même si je n’arrive pas à la comprendre peut-être arriverais-je à la connaître _ On m’a dit : « il va falloir te battre. » Ah _ Je veux bien, moi, l’étrangler et l’écorcher et la brûler _ Comme est-ce que je peux faire puis-qu’elle s’est postée en moi ? Tuer quelque chose en moi pour que moi je survive.

Cette page blanche ce sont d’autres personnes, pour la plupart inconnues, qui la remplissent. Ils en font une nouvelle liste de choses à faire. Et ces choses me sont étrangères.

Je n’ai pas encore décidé de ce que je fais, de ça, en moi et de ce que je fais de moi.

En attendant de la prendre cette décision, ou qu’elle se prenne d’elle-même, je retourne dans ma tête et je me dis Je suis bien Je suis heureuse.